alain desjacques

Sur quelques huchements mongols adressés aux « cinq museaux »

 Revue de la Société d’Ethnozootechnie n°84  "L’homme et l’animal : voix, sons, musique...",1er trimestre,  2009, pp.107-113.

//www.ethnozootechnie.asso.educagri.fr/detail.cfm?publi=148  

 

Extrait :

L’article présente un recueil d’interpellatifs destinés au bétail, collectés au cours de diverses missions auprès d’éleveurs mongols. Il s’en dégage une diversité de répertoire et des particularités sonores spécifiques pour obtenir un changement du comportement de l’animal. Il ouvre la voie à des recherches encore très peu explorées dans ce domaine.

 

Mots clés :
Mongolie - huchement - interpellatif - élevage - bétail.

 

 

A l’occasion de mes différents terrains de recherche sur la musique et les chants mongols, de 1984 à 2004, il m’est arrivé d’enregistrer différents types d’appels ou interpellatifs que les éleveurs adressent à leur bétail. Cette communication est l’occasion de présenter, pour la première fois, une sélection de mes meilleurs enregistrements, qui vont servir d’ancrage aux analyses qui vont suivre et qui ne constituent, à ce stade de la recherche, qu’une étape préliminaire à une étude plus approfondie des huchements des bergers mongols.

L’économie pastorale de la Mongolie est dominée par l’élevage de cinq espèces de bétail : chameau, cheval, vache et yack, chèvre et enfin mouton, que les éleveurs appellent les « cinq museaux » (tavan xošuu). Cette grande catégorie est elle-même divisée en deux sous-ensembles :celui des « museaux chauds » (xaluun xošuu) comprenant le cheval, les bovidés et les moutons ; l’autre sous-ensemble, les « museaux froids » (xüiten xošuu), regroupent le chameau et la chèvre. Les éleveurs expliquent cette différence par les qualités calorifiques de la viande cuisinée de ces animaux. Un plat de viande de cheval, de bœuf et de mouton est dit rester chaud plus longtemps qu’un plat de viande de chameau et de chèvre qui a tendance à se refroidir très vite. D’où cette expression très populaire : « La viande de chèvre, c’est quand c’est chaud ! » (jamany max xaluun deeree !), qui correspond en français à « Mangez pendant que c’est chaud ! » pour inviter ou inciter les commensaux à manger, indépendamment du contenu du plat présenté. Les éleveurs ajoutent que la chaleur de la viande des« museaux chauds » tient au corps plus longtemps.

Lorsque les éleveurs, hommes ou femmes, sont occupés à leurs activités d’élevage, ils s’adressent à leurs animaux pour influer sur leur comportement. Ils appellent ces interpellatifs adressés au bétail, des « appels au bétail » (malyn dudlaga) que nous traduisons aujourd’hui par huchements. Nous trouvons ce terme dans les remarquables articles de Rémy Dor (1982, 1985, 1995, 1996 et 2003), consacrés aux « huchements du berger turc ». L’auteur, après avoir justifié l’emploi d’un nouveau terme pour définir ce « parler bestiau », propose le réemploi du verbe « hucher » avec le sens de : « émettre un son vocal dans le but d’influencer le comportement d’un animal » avec les dérivations nominales en « hucheur » et « huchement » notamment (1985, 378). Nous utiliserons donc le terme de huchements, particulièrement bien approprié, pour qualifier ces émissions vocales des éleveurs à l’adresse de leur bétail.

 



08/10/2010
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